Nigeria, État du Plateau : le couvre-feu n'a pas enrayé la spirale de violence
Analyses Stratégiques 05 Oct 2026

Nigeria, État du Plateau : le couvre-feu n'a pas enrayé la spirale de violence

B

BEVAR SECURITY

5 min de lecture

Partager:
Au moins 28 personnes ont été tuées dans trois zones de gouvernement local de l'État du Plateau malgré le couvre-feu en vigueur depuis le 21 septembre 2026. Entre attaques ciblées, embuscades contre les forces de sécurité et paralysie des activités agricoles, la situation illustre les limites d'une réponse purement restrictive face à une crise aux racines profondes.

Le couvre-feu instauré le 21 septembre par les autorités de l'État du Plateau, dans le centre du Nigeria, n'a pas produit l'effet escompté. Selon Daily Trust, au moins 28 personnes ont été tuées dans une nouvelle vague d'attaques touchant les zones de Mangu, Bokkos et Barkin Ladi, alors que la mesure, applicable de 18h à 6h jusqu'à nouvel ordre, était assortie d'une interdiction des motos et d'instructions d'application stricte aux forces de sécurité.

Une série d'incidents malgré le dispositif sécuritaire

Les attaques se sont poursuivies sans interruption après l'annonce du couvre-feu, y compris après la visite de l'Inspecteur général de la police dans l'État le 16 septembre. Les incidents recensés entre le 20 septembre et le 5 octobre montrent plusieurs schémas :

  • des embuscades visant les forces de sécurité, dont une attaque contre des agents de l'opération Rainbow le 22 septembre, qui a coûté la vie à un policier ;
  • des attaques contre des membres de groupes d'autodéfense locaux, notamment à Mangu et à Kassa (Barkin Ladi) ;
  • des tirs sur des sites d'exploitation minière artisanale, avec des victimes à Gangare, Marit, Rakum et Kuru Jenta ;
  • des attaques contre des éleveurs peuls et leur bétail, avec des vols et abattages de bêtes à Mangu, ainsi qu'une attaque contre un véhicule de transport à Bukuru, dans la zone de Jos Sud, le 4 octobre ;
  • une extension géographique des violences vers Riyom et Jos Sud.

Ces incidents ont suscité des manifestations de résidents, qui ont demandé le départ de militaires déployés localement, signe d'une érosion de la confiance envers les dispositifs de protection.

Un impact direct sur les moyens de subsistance

Au-delà du bilan humain, la violence paralyse l'économie rurale. Agriculteurs et éleveurs réduisent ou suspendent leurs activités à Mangu, Riyom et Barkin Ladi. Les champs éloignés des villages ne sont plus accessibles, la transhumance sur de longues distances est devenue risquée, et certains agriculteurs renoncent à planter des cultures hautes, comme le maïs ou le sorgho, à proximité des habitations, car elles réduisent la visibilité face à d'éventuels assaillants. Des habitants relèvent par ailleurs que certaines communautés rurales exposées ne sont pas couvertes par le couvre-feu.

Une crise aux racines anciennes

Les tensions entre communautés berom et peules, exacerbées par les différends fonciers, les conflits entre agriculteurs et éleveurs et la fracture entre « autochtones » et « allogènes », s'inscrivent dans un contexte ethno-religieux né notamment des violences de Jos en septembre 2001. Un comité mis en place par le gouverneur Caleb Mutfwang et présidé par le général Nicholas Rogers (retraité) aurait estimé à environ 11 000 le nombre de morts dans l'État en vingt ans. Malgré les commissions successives et les initiatives de médiation portées par la société civile, les attaques se poursuivent, chaque incident alimentant des accusations croisées entre communautés.

Implications sécuritaires

Pour les entreprises, les organisations et les responsables de la sûreté opérant dans le centre du Nigeria, les principaux points de vigilance sont :

  • l'inefficacité relative des mesures de restriction de mouvement, qui ne doivent pas être considérées comme une garantie de sécurité ;
  • la prise pour cible des forces de sécurité, qui révèle une capacité d'embuscade et une liberté de manœuvre des groupes armés ;
  • la concentration des attaques sur les sites miniers et les axes de transport de bétail, à traiter comme des zones à risque élevé ;
  • le risque de contagion vers les zones adjacentes (Jos Sud, Riyom) et vers les secteurs non couverts par le couvre-feu ;
  • les risques de représailles intercommunautaires après chaque incident, avec une forte réactivité des tensions ;
  • les perturbations de la chaîne agricole et alimentaire locale, avec des effets possibles sur les prix et la stabilité sociale.

Le risque de fond tient à l'ancrage d'un cycle de violence où les réponses sécuritaires ponctuelles ne traitent ni les causes foncières, ni les fractures communautaires, ni le déficit de confiance envers les institutions.

BEVAR Security accompagne les entreprises, institutions et organisations opérant en Afrique dans l'anticipation et la maîtrise des risques sécuritaires. Pour une évaluation de votre exposition au Nigeria ou sur d'autres marchés du continent, contactez nos équipes.

Tags: Analyses Stratégiques Focus Pays